Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 15:42

L’organisation de l’offre aéroportuaire sur plusieurs pôles demande d’utiliser au mieux chaque aéroport. Les plates-formes situées en pleine ville sont probablement les cas les plus sensibles. Les opportunités (proximité des espaces résidentiels et des centres d’affaires) sont aussi des menaces (sécurité, nuisances sonores). La quasi-totalité des aéroports entourés par la ville, l’ont été par extension de l’espace urbanisé et non par aménagement volontaire. Les conséquences peuvent être graves (accidents, nuisances) et contraindre l’acceptabilité de l’activité de la plate-forme (Tagliabue, 2000). Afin de profiter de cette proximité avec les centres d’affaires et de limiter partiellement les nuisances générées par une activité aéroportuaire en ville, quelques aéroports adoptèrent des traits communs dans leur organisation. Sans toutefois parler de modèle, l’expression city-airport fit son apparition dans le vocabulaire des gestionnaires aéroportuaires et des compagnies aériennes. L’aéroport de London – City, au Royaume-Uni, est à ce jour l’exemple le plus représentatif de ce type d’aéroport, mais il est le seul qui ait été construit volontairement en pleine ville.

Afin de ne pas être perdu dans ce document visant à analyser la notion de city-airport, cette introduction livre sans distinction les mots ou expressions généralement associés à ce type de plates-formes aéroportuaires. Un city-airport serait un aéroport :

-         desservant un espace métropolitain

-         à l’intérieur ou à proximité d’un centre-ville

-         pour un central business district (CBD) ou quartier d’affaires

-         utilisé majoritairement par des voyageurs aux motifs professionnels

-         dont la ou les pistes de décollage et d’atterrissage sont courtes

-         accueillant majoritairement des avions régionaux aux capacités réduites (cent passagers et moins)

-         offrant des services de transport aérien de courte distance (2000 kilomètres au plus)

-         reliant préférentiellement les grandes métropoles

-         reliant préférentiellement d’autres city-airports, si cette offre existe au sein des autres métropoles desservies

-         une offre complémentaire d’un ou plusieurs autres aéroports principaux

 

 

I. Une offre avant tout commerciale et technique

            I.1. Une notion sans définition, mais quelques traits communs

Le city-airport est un terme souvent utilisé par les professionnels du transport aérien, du tourisme et de l’aménagement du territoire, pourtant il n’a pas encore fait l’objet d’une définition officielle. Sous l’appellation city-airport semblent converger des visions communes de l’organisation du transport aérien, des aéroports et des espaces métropolitains.

                        I.1.1. Une offre technique aéroportuaire : le STOLport

Un STOLport, mot anglais, associe le sigle STOL (short take off and landing) et le motairport (aéroport). En d’autres termes, un STOLport est un aéroport ou un aérodrome pour aéronefs à atterrissage et à décollage courts. Il en existe de nombreux à travers le Monde. Il peut s’agir d’une simple bande de terre ou d’herbe de 500 mètres de longueur en montagne ou d’une plate-forme commerciale accueillant des avions cinquante à cent places en centre-ville. La définition du STOLport se limite à des considérations techniques. Plus simplement, est STOLporttout aérodrome ou aéroport[1], qui, par ses contraintes d’environnement ou de piste, ne peut accueillir que des aéronefs aux capacités de décollage et d’atterrissage courts. Cela signifie donc qu’une installation aéronautique peut acquérir ce statut par défaut (piste trop courte etc.) ou par limitation volontaire à des fins environnementales ou économiques (cas des aéroports en centre-ville où le foncier est coûteux et rare). Le STOLport n’est pas suffisant pour une ébauche de définition du city-airport, notamment par l’existence de petits terrains ruraux de tourisme admis dans la notion assez englobante de STOLport.

            Dans le cadre de cet essai de définition, des cas d’aéroports, déclarés comme city-airport, n’intègrent pas la dimension de STOL dans leur offre technique. L’exemple de l’aéroport de Belfast City – George Best illustre ce constat. La plate-forme est située à seulement trois kilomètres du centre de la capitale d’Irlande du Nord en milieu urbain, dans le quartier du port et propose de services aériens vers de grandes métropoles européennes. Cependant, l’unique piste approche les deux kilomètres de longueur et accueille des Airbus de la famille A320 pouvant transporter jusque deux cents passagers (A321). Peut-on alors encore parler de city-airport pour une agglomération de taille limitée[2] et dont l’aéroport du centre présente des caractéristiques proches de celles de la plate-forme principale d’Aldergrove ?

                        I.1.2. Une offre commerciale : le CBDport

Le CBDport est l’offre commerciale complétant l’offre technique du STOLport. Ce type d’aéroport peut être aussi appelé CBDSTOLport (Conway, 2000), mais ce terme présente le biais d’associer les composantes techniques et commerciales au sein du même mot. La suppression du sigle « STOL » évite donc la confusion et la lourdeur de vocabulaire.

Sa définition est plutôt triviale. Il s’agit d’un aéroport desservant un central business district, c’est-à-dire le quartier des affaires et dont l’offre de transport lui est destinée (vols privés d’affaires, services aériens inter-métropolitains). Les premiers aéroports se rapprochant de cette définition sont ceux qui ont été imaginés par les architectes et les utopistes de la première moitié du vingtième siècle. Les idées progressistes faisaient du transport aérien, le mode que les habitants des villes privilégieraient, certains utopistes imaginant même l’aérien pour les déplacements intra-urbains[3]. Dans le souci de favoriser l’interconnexion entre tous les modes de transport au centre des villes, des aéro-ports  (voir figure 1 en annexe) furent imaginés au pied ou au sommet des gratte-ciels, près des gares et grandes avenues (Pearman, 2004).

Les CBDports ont connu un développement important aux Etats-Unis sous la forme d’executive airports, plates-formes n’accueillant que des vols d’affaires et d’aviation générale (voir figure 2 en annexe). En Europe, quelques aéroports présentent les caractéristiques proches de celles d’un CBDport (Paris – Le Bourget ou Lyon – Bron en France).

L’offre aérienne de  city-airport serait donc la réunion d’installations techniques et de services aériens spécifiques privilégiant la courte distance, les métropoles, les centres des agglomérations urbaines, les avions régionaux et les voyageurs d’affaires. Cette définition ne peut être stricte. Actuellement, seul l’aéroport de London – City respecte chacune des caractéristiques énoncées. Dans la plupart des cas, les aéroports s’approchent du modèle mais ne le représentent pas entièrement.

                        I.1.3. Une offre aéroportuaire complémentaire

Assez logiquement, au sein d’une grande métropole à desservir, un city-airport ne peut que difficilement assurer la totalité du service aérien. Les pistes sont généralement trop courtes, le ou les terminaux sont prévus pour des aéronefs de petite taille et la proximité avec des espaces habités contraint souvent l’activité dans le temps et en volume (horaires d’ouverture etc.). Le city-airport n’est donc qu’une possibilité parmi d’autres d’accès au transport aérien pour les passagers. Il peut à ce titre être considéré comme un aéroport secondaire (De Neufville, 2005). Un aéroport secondaire est une plate-forme dont l’activité joue un rôle dans la desserte aérienne d’une région métropolitaine considérée, sans toutefois en être le principal acteur.

Figure 3 : Tableau de l’offre aéroportuaire de quelques métropoles européennes (les aéroports indiqués par une étoile sont ou s’approchent de l’offre de city-airport

Sources : Base de données Geopolis, sites de compagnies aériennes, sites d’aéroports, 2007

Les plates-formes secondaires peuvent être ouvertes à tous types de trafics (Gatwick), contraintes à des vols européens ou domestiques (Linate) ou spécialisées dans les compagnies à bas coûts, dites low cost (Beauvais, Stansted, Schönefeld, Bergame, Skavsta etc.). Le développement rapide des compagnies low cost a relancé l’intérêt des chercheurs et des professionnels du transport aérien pour les aéroports secondaires dont certains n’accueillaient plus de trafic depuis plusieurs années (Beauvais). Ils sont aujourd’hui les aéroports secondaires les plus rencontrés au sein des espaces métropolitains (Marquis, 2006). Le city-airport est un type plutôt rare. Sa rareté est due aux difficultés de réunion de tous les facteurs permettant son apparition :

-         Un trafic aérien suffisamment important au sein de l’espace concerné pour accueillir une telle plate-forme.

-         Une offre aéroportuaire disponible à proximité du centre-ville ou un projet d’aéroport en centre-ville visant à créer un city-airport (cas de Londres).

-         Une concurrence faible ou inexistante du train à grande vitesse, les city-airports et les lignes à grande vitesse étant chargées, à courte distance (inférieure à mille kilomètres), de desservir les mêmes villes.

I.2. Les justifications du city-airport : métropolisation, Développement et segmentation du transport aérien

Au-delà des conditions immédiates de faisabilité énoncées précédemment, le city-airport a pu voir le jour après que les espaces métropolitains et le transport aérien aient connu des changements majeurs dans leur organisation.

                        I.2.1. L’affirmation des espaces métropolitains

Les vingt dernières années ont vu, en France et en Europe, au sein des espaces métropolitains, s’accentuer la concentration des habitants et des emplois (Veltz, 2005). Cette croissance a été plus forte en périphérie des agglomérations qu’au centre (Veltz, 2005). Le terme de métropolisation est généralement retenu pour qualifier ce phénomène (Lacour, Puissant, 1999)[4]. Il y eut également sélection dans les types d’activités économiques réalisées au sein des métropoles. Les fonctions métropolitaines sont spécifiques : « activités d’administration générale et d’encadrement, direction et sièges sociaux de grandes entreprises, services financiers, bancaires et d’assurances, professions rares et très spécialisées, services publics supérieurs et activités de contrôle politique etc. » (Lacour, Puissant, 1999). Même si les périphéries métropolitaines connaissent des croissances de l’emploi et de la population plus élevées que les centres, ces derniers deviennent plus sélectifs dans la nature des activités. Mis à part le cas des edge-cities[5], des activités de plus en plus évoluées et de plus en plus rares se concentrent au centre des agglomérations urbaines. Ces activités rares et évoluées ont généralement une dimension internationale prononcée. Une partie de ces entreprises est implantée dans plusieurs pays, fonctionne en réseau et les clients peuvent être à l’étranger. Ces échanges avec l’étranger s’effectuent préférentiellement vers d’autres métropoles. On parle alors d’économie d’archipel et de métropoles fonctionnant en réseau (Veltz, 2005). Il parait alors assez logique de que ces entreprises soient demandeuses de services aériens efficaces reliant d’autres métropoles. Pour les distances courtes et moyennes, l’offre de city-airport est intéressante. Elle permet un gain de temps par rapport aux aéroports éloignés du centre.

I.2.2. Le développement et la segmentation du transport aérien : les conséquences de la libéralisation

La France puis l’Union Européenne ont connu une libéralisation de leur transport aérien intérieur en 1978 et au cours des années quatre-vingt-dix (Merlin, 2002 et 2000). Les compagnies aériennes des pays concernés par la libéralisation peuvent désormais ouvrir et fermer les lignes aériennes intérieures (France et Union Européenne) qu’elles souhaitent sous condition de respecter des règles élémentaires de sécurité, de garantie commerciale et financière et de bénéficier d’un créneau[6] lorsqu’elles desservent des aéroports dont le trafic obligent les gestionnaires aéroportuaires à contingenter les créneaux (Lawson, 2004 ; Cournanel, 2001).

Les conséquences de la libéralisation du transport aérien furent multiples. Les réseaux aériens des grandes compagnies aériennes de passagers se réorganisèrent en hub & spokes[7]. Certains aéroports se retrouvèrent donc soumis à une intense activité durant les périodes de correspondance du ou des hubs qu’ils se mirent à gérer. Ce surplus de trafic changea la politique d’équipement des gestionnaires. Le nombre de pistes et de terminaux augmenta sur les plates-formes de correspondance. À coté de ces compagnies de réseau, d’autres types de compagnies purent se développer, notamment sur les liaisons et les créneaux que les autres transporteurs délaissèrent au profit de leur hubs. Les grandes entreprises de messagerie (Federal Express, TNT, United Parcel Service) se développèrent aussi selon la logique du hub appliquée au transport de marchandises. Les compagnies à bas coûts offrirent un nouveau modèle d’organisation et de production de l’entreprise. Elles apparurent aux États-Unis (Southwest Airlines) puis au Royaume-Uni (Ryanair) et dans le reste de l’Europe (Easyjet, Air Berlin etc.). L’essor des compagnies low cost mit en évidence que le hub & spokes n’était pas la seule voie de développement d’une entreprise de transport aérien. Le système en point à point présentait lui aussi des avantages notamment lorsque la compagnie n’opérait que des liaisons court et moyen-courriers intégrant des grandes métropoles, des lieux touristiques ou d’autres niches permettant un remplissage satisfaisant des avions.

Les city-airports ont été le moyen de créer des marchés de niches ou de faire gagner en efficacité les systèmes en hub & spokes. Un réseau organisé entre métropoles, pour des liaisons de courte distance, où le train à grande vitesse était absent ou insuffisant en capacité, desservant préférentiellement des city-airports s’est révélé être très rentable pour des compagnies aériennes régionales. Par exemple, la compagnie belge VLM Airlines (Vlaamse Luchttransportmaatschappij en flamand) est créée en 1992. Elle opère sa première liaison régulière de courte distance entre city-airports en 1993 (de London – City à Anvers – Deurne). Les remplissages très satisfaisants l’amènent à développer tout un réseau à partir de London – City (voir figure I-4 en annexe). Les grands aéroports étant éloignés du centre et accumulant les retards par saturation, les petits aéroports gagnèrent en efficacité par défaut de leurs voisins.

 


[1] Afin de fixer le vocabulaire, il convient de distinguer aéroport et aérodrome. Un aéroport est l’association d’un aérodrome avec une aérogare, l’aérodrome étant de manière générale l’ensemble des installations permettant de faire décoller et atterrir des aéronefs et l’aérogare le bâtiment permettant d’accueillir des passagers d’aéronefs (Dacharry, 1981).

[2] Selon les statistiques officielles d’Irlande du Nord, un peu moins de 600000 habitants peuplaient l’aire métropolitaine de Belfast en 2001.

[3] Cette idée n’est cependant pas totalement fausse. Une vaste agglomération comme Los Angeles est parcourue par des lignes aériennes desservant des couples de destinations situés à l’intérieur de l’agglomération (Orange à Burbank par exemple).

[4] La métropolisation est un ensemble de processus dynamiques qui transforment une ville en métropole(Lacour, Puissant, 1999).

[5] Une edge-city est une centralité urbaine secondaire située en périphérie d’une agglomération. Les edge-cities accueillent généralement des entreprises et centres commerciaux, mais peuvent aussi parfois abriter des activités très évoluées telles que des établissements publics d’enseignement et de recherche ou des centres privés de recherche. À ce titre, le plateau de Saclay en Île-de-France est un exemple.

[6] Un créneau est une période attribuée à un aéronef pour qu’il puisse effectuer un décollage ou un atterrissage sur piste donnée d’un aéroport.

[7] Un réseau en hub & spokes est organisé autour d’une plate-forme de correspondance (hub) à partir de laquelle l’essentiel des arcs du réseau sont tissés. La forme prise est celle d’une étoile. Cela permet à un voyageur d’atteindre n’importe quel point du réseau, depuis n’importe quel autre point, en passant par le hubtout en minimisant le nombre d’arcs dans le réseau et donc le nombre de lignes aériennes à mettre en service.

 

Agglomération

Population en 2005 en millions d’habitants (Geopolis)

Aéroport principal

Aéroport(s) secondaire(s)
(* city-airport)

Paris

9,9

Charles de Gaulle

Orly, Beauvais

Londres

9,3

Heathrow

Gatwick, Stansted, Luton, London – City*

Madrid

4,9

Barajas

-

Bruxelles

4,5

National

Charleroi

Barcelone

4,1

El Prat

Girona, Reus

Manchester

3,9

Manchester International

-

Milan

3,8

Malpensa

Linate, Bergame

Berlin

3,8

Tegel

Schönefeld, Tempelhof*

Athènes

3,4

Eleftherios Venizelos

-

Rotterdam

3,3

Rotterdam

-

Naples

3

Capodichino

-

Rome

2,9

Fiumicino

Ciampino

Lisbonne

2,4

Portela

-

Birmingham

2,4

Birmingham International

-

:
 :
 :

:

:

:

:

:

:

:

:

:

Francfort sur le Main

1,5

Francfort International

Hahn

Lyon

1,5

Saint-Exupéry

Grenoble, Saint-Etienne

:
 :
 :

 :

:

:

:

:

:

:

:

:

Stockholm

1,4

Arlanda

Skavsta, Vasteras, Bromma*

Par marctempelhof.over-blog.net
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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 15:41

II. Des expériences aux résultats variables : London – City et Berlin – Tempelhof

            

 Plusieurs aéroports dans le Monde présentent des caractéristiques proches de celles d’un city-airport. Deux exemples, européens, sont assez représentatifs et donnent à voir des expériences aux résultats différents : London – City et Berlin – Tempelhof. Le premier, récent, issu d’une décision politique, construit dans le cadre de la régénération des Docklands de Londres et volontairement implanté en pleine ville, est une réussite d’un point de vue commercial. Le second, plus ancien aéroport commercial en activité dans le Monde, devenu aéroport  de centre-ville par extension de Berlin, en déclin, concurrencé par une offre surdimensionnée pour la taille de l’agglomération berlinoise, fermera ses portes en octobre 2008.

            II.1. La réussite de l’aéroport de London – City

Au début des années quatre-vingt, le gouvernement britannique de Margaret Thatcher entreprit de reconvertir le quartier des Docklands de Londres qui accueillait le port de Londres désormais déménagé à l’Est, plus en aval de la Tamise pour des raisons techniques (profondeur, espace disponible). La London docklands development corporation (LDDC) vit le jour en juillet 1981 et planifia la reconversion du quartier de 22 kilomètres carrés de surface, divisé en sept secteurs : Bermondsey Riverside, Wapping, Surrey Docks, Limehouse, Isle of Dogs, Royal Docks et Beckton.

Le secteur le plus célèbre est celui d’Isle of Dogs. Il abrite le quartier d’affaires de Canary Wharf dont la planification fut décidée en pleine crise de l’immobilier de bureau pendant les années quatre-vingt. Le secteur de Royal Docks, le plus excentré (la City de Londres étant située quelques kilomètres à l’Ouest de la LDDC), était parcouru de darses et son aménagement paraissait alors problématique. Cette présence de longs et étroits quais ne convenait pas à la construction de logements ou de bureaux. L’idée d’y construire un aéroport émergea alors. Le secteur était peu peuplé et présentait moins de potentiel de rentabilité que ses voisins. Néanmoins la superficie disponible ne permettait de faire atterrir et décoller des appareils de taille réduite. La solution du STOLport[1] fut choisie. En 1982, un premier test fut effectué sur le Heron Quay avec un Dash 7, quadrimoteur à hélices de transport de passagers et de fret aux capacités de décollage et d’atterrissage courts. Le cinquième aéroport de Londres[2] ouvrit ses portes en novembre 1987. Le London City Airport est situé à dix kilomètres de la City de Londres et à cinq kilomètres du quartier d’affaires de Canary Wharf. En 2006, 2,4 millions de passagers furent accueillis pour 79600 mouvements d’aéronefs (environ trente passagers par mouvement)[3].

Dès son ouverture l’aéroport a présenté des particularités techniques (voir figures 8, 9 et 10 en annexe) :

-         Piste courte (de 1000 mètres en 1987 à 1500 mètres en 2007[4])

-         Emprise réduite au sol

-         Procédures d’approche spécifiques (décollage à pente maximum et approche à pente forte ; 7,5° puis 5,5° contre 3° sur les autres aéroports)

-         Restrictions des horaires d’utilisation (de 6h30 à 22h en semaine, de 6h30 à 12h30 les samedis, de 12h30 à 22h les dimanches et de 9h à 22h les jours des vacances des banques[5])

-         Restrictions du nombre de mouvements journaliers (exemple : 140 mouvements journaliers au plus le samedi ou le dimanche sans dépasser 220 mouvements sur les deux jours, 100 mouvements journaliers au plus le 26 décembre etc.)

-         Restrictions d’utilisation des aéronefs (publication d’une liste d’appareils autorisés, régulièrement mise à jour)[6]

L’aéroport de London – City connaît un franc succès. En près de vingt ans, le trafic de passagers a été multiplié par 158 (de 0,02 à 2,38 millions de passagers par an) et le nombre de mouvements a été multiplié par 80 (de 1000 à 80000 mouvements par an). L’offre de destinations a été développée vers les grandes métropoles européennes : Amsterdam, Anvers, Bâle – Mulhouse, Belfast, Berne, Bruxelles, Copenhague, Dublin, Dundee, Düsseldorf, Edimbourg, Francfort, Genève, Glasgow, Groningen, Hambourg, Île de Man, Jersey, Lugano, Madrid, Manchester, Milan – Linate, Milan – Malpensa, Munich, Nice, Nuremberg, Oslo, Paris – Orly, Rome, Rotterdam, Stockholm, Stuttgart et Zurich, soit 32 liaisons proposées pour le programme d’été 2007 (voir figures 11 et 12 en annexe).

Plusieurs raisons expliquent ce fort succès de l’aéroport de London – City :

-         Une offre aéroportuaire principale (Heathrow et Gatwick) saturée dont les vols connaissent des retards fréquents (Roche, 2007b).

-         Une absence de concurrence du rail par un faible équipement en TGV et par la situation d’insularité de la France.

-         Une bonne accessibilité depuis le quartier d’affaires de Canary Wharf, dans une moindre mesure, depuis la City de Londres.

-         Une offre technique permettant d’accueillir des aéronefs jusque cent places de capacité en limitant l’espace occupé et les nuisances sonores.

-         Une association des projets de Canary Wharf et de l’aéroport.

Néanmoins, London – City présente encore des défauts qui peuvent entraver son développement. Son accessibilité pourrait être bien meilleure étant donnée la faible distance qui sépare l’aéroport du centre de Londres (dix kilomètres). Il faut compter actuellement trente minutes pour rejoindre la plate-forme depuis la City alors que Heathrow, avec son produit Heathrow Express[7], propose la moitié de ce temps pour une distance plus grande. La répartition modale de l’accès terrestre à l’aéroport est dominée, depuis 2005, par le Docklands light railway (DLR), mais sa vitesse commerciale est faible et son tracé ne permet pas de rejoindre directement le centre de Londres (voir figure 13 en annexe).

Les aéroports britanniques sont tenus, par le Department for transport (DFT), d’élaborer des schémas directeurs (master plans) afin de planifier leur développement[8]. Les gestionnaires de London – City en ont donc notamment été chargés. Ce schéma directeur a été publié en 2006 et il comporte (voir figure 14 en annexe) :

-         Un état des lieux de l’aéroport concerné par le schéma (installations, trafic etc.).

-         Des projections des trafics de passagers et de fret, ainsi que des mouvements d’aéronefs à un horizon de 25 ans. Il est prévu, dans le cas de London – City, que le trafic de passagers passe de deux à huit millions de passagers par an

-         Une planification des équipements à l’horizon de 25 ans (pistes, terminaux, parcs avions, parcs voitures etc.).

-         Une estimation des impacts environnementaux à venir (contours de bruit, bruit au sol, qualité de l’air etc.).

-         Une estimation des impacts de la future croissance du trafic aérien, sur l’accès terrestre à l’aéroport (répartition modale, infrastructures disponibles etc.).

-         Une estimation des impacts économiques et sociaux à venir de l’aéroport (emplois, revenus générés directs, indirects et induits etc.).

-         Une synthèse des actions sociales et culturelles menées par les gestionnaires de l’aéroport, sans toutefois préciser de programme, ni d’évolutions comme pour les deux précédents chapitres.

Le schéma directeur a largement été diffusé sur plusieurs formes de médias (papier et internet principalement). Le public a pu participer après la publication du schéma, pour donner son avis à travers un ensemble de questions posées pour chaque chapitre du schéma. Les deux formes principales de participation furent l’information (en majorité), puis, dans une moindre mesure, la consultation. Néanmoins, la gouvernance de la plate-forme[9] intègre des acteurs issus des territoires locaux (boroughs de Londres, associations etc.).

L’aéroport de London City est une réussite commerciale, les prévisions de trafic sont bonnes et sa clientèle, majoritairement d’affaires, l’apprécie (Chemin, 2007). Des efforts techniques ont été entrepris afin de limiter les nuisances du trafic aérien les territoires voisins de l’aéroport. Ces dispositifs techniques sont contrebalancés par une structure de gouvernance intégrant notamment les habitants et élus des territoires locaux. Cependant, la politique de développement durable de la plate-forme reste encore limitée à des actions de soutien associatif, sponsoring ou de mesure des sources de pollution.

II.2. Berlin – Tempelhof : le déclin du plus ancien aéroport du Monde

Berlin – Tempelhof  n’est pas un nom qui vient immédiatement à la mémoire de chacun. Il représente pourtant un lieu dont l’histoire a été riche en évènements majeurs. LeZentralflughafen[10] est situé à Berlin dans le quartier de Tempelhof-Schöneberg à quelques kilomètres au Sud de du quartier central de Mitte. Il commença ses activités de transport régulier de passager dès les années vingt. Il est encore ouvert et jouit du statut de plus ancien aéroport en activité commerciale dans le Monde.


Après un démarrage concluant au cours des années vingt et trente, Tempelhof devient un des éléments majeurs des projets architecturaux du régime Nazi pour Berlin. Ernst Sagebiel, disciple de l’architecte Heinrich Mendelsohn est chargé de transformer la plate-forme, qui gère déjà 200000 passagers[1] par an en 1936, en Weltflughafen[2]. Intégré au projet mégalomaniaque d’Adolf Hitler, Berlin Germania, Tempelhof est agrandi à 500 hectares et un immense bâtiment épousant les formes du champ aérien en herbe est mis en chantier (Dittrich, 2005). Il s’agit encore actuellement de l’un des bâtiments dont l’emprise au sol est la plus vaste au Monde (Hawkins, Lechner, Smith, 2005). La Seconde Guerre mondiale empêche Sagebiel de mener à terme l’ensemble des travaux et l’aéroport subit quelques dommages (voir figure 16 en annexe).

Après 1945, Tempelhof est remis en état de fonctionnement. Il est utilisé par l’armée américaine puis par quelques compagnies aériennes. En 1947, il est une des plaques tournantes du pont aérien de Berlin et acquiert l’essentiel de sa célébrité à cette période. L’essor rapide du transport aérien à partir des années soixante rend Tempelhof obsolète techniquement. Malgré l’ajout de deux pistes en béton, la plate-forme devient trop exiguë pour traiter des appareils d’une taille suffisante. Les pistes peuvent tout juste accueillir un avion moyen-courrier de 150 passagers. Berlin, était alors divisée en deux parties[3]. L’Ouest comptait un puis deux aéroports (Tegel fut ouvert au cours des années 70) et l’Est un seul (Schönefeld). La majorité des compagnies de Berlin-Ouest quittèrent Tempelhof pour le nouvel aéroport de Tegel et Schönefeld ne pouvait desservir que la partie orientale de la ville. En 1975, Tempelhof ferme ses portes à la circulation aérienne publique[4]. Après la réunification, le trafic aérien de Berlin connaît un essor. Tegel commence à montrer des signes de saturation et Schönefeld, dont l’aérogare est vétuste n’accueille que des vols charters. La décision est prise de rouvrir Tempelhof au début des années quatre-vingt-dix. Cependant la croissance du trafic est de courte durée et Schönefeld, modernisé, gagne du trafic.

L’aéroport de Berlin – Tempelhof est en phase de déclin de son trafic (voir figure I-17 en annexe), il est concurrencé par Tegel et Schönefeld, dont le dernier connaît des croissances annuelles élevées de son trafic depuis qu’il s’est spécialisé dans les compagnies à bas coûts oulow cost. De plus, la politique de la mairie de Berlin et du Land du Brandenburg est de délaisser progressivement Tegel et Tempelhof au profit de Schönefeld où le projet Berlin Brandenburg International (BBI)[5] est en cours de travaux.

            Plusieurs raisons expliquent le fait que Tempelhof soit délaissé au profit d’autres plates-formes :

-         Un coût d’exploitation très élevé par des bâtiments anciens et surdimensionnés pour l’activité actuelle de l’aéroport.

-         Un aéroport mal inséré[6] dans le tissu urbain, suscitant des protestations de la part des riverains (approches à pentes classiques, emprise au sol importante, accueil d’aéronefs parfois bruyants).

-         Une volonté politique des autorités locales de Berlin et du Brandenburg, et fédérales de créer une porte d’entrée aérienne unique de l’Allemagne sur sa façade orientale à Schönefeld.

-         Une agglomération qui ne compte que 3,8 millions d’habitants et ne justifiant pas la multiplication des aéroports, contrairement à Londres.

-         La concurrence du chemin de fer, notamment le chemin de fer à grande vitesse pour les dessertes inférieures à mille kilomètres.

Contrairement à l’aéroport de London – City, Berlin – Tempelhof ne présente pas les aspects techniques du city-airport. Cet aéroport ne serait-il pas alors un aéroport classique mal situé ? Il faut néanmoins constater que le Zentralflughafen jouit d’atouts rares pour une plate-forme située en pleine ville. Il existe peu d’aéroports qui aient une situation aussi centrale que Tempelhof (deux kilomètres de Mitte, 1,8 kilomètres de la Postdamer Platz, principal centre d’affaires de la ville) et la structure du trafic est proche de celle d’un city-airport (grandes villes européennes et allemandes desservies par des petits porteurs). L’essor de l’immobilier de bureaux à Berlin et l’installation des services liés à son statut de capitale sont des opportunités de développement d’une plate-forme de ce type (voir figure I-18 en annexe).                                            

Le 31 octobre 2008 au plus tard, l’aéroport de Berlin – Tempelhof devra avoir fermé ses portes (Colins, 1997). La fermeture n’a pas que des partisans. Des compagnies aériennes résidentes et des associations d’entreprises, mais aussi de berlinois, militent pour le maintien de l’activité de la plate-forme. L’Interessengemeinschaft City-airport Tempelhof (ICAT) est probablement le plus actif de ces opposants à la fermeture. L’ICAT a notamment publié, en 2003, une étude de faisabilité d’un city-airport à Tempelhof. Cette étude proposait (voir figures 19 et 20 en annexe) :

-         de reconsidérer les potentiels de développement d’un city-airport à Tempelhof

-         de reconsidérer les risques financiers et stratégiques du projet de nouvel aéroport à Schönefeld

-         de fermer la piste nord

-         de libérer la majeure partie du champ aérien pour d’autres usages (construction, parcs etc.)

-         de moderniser le terminal actuel, vétuste et coûteux

Les premiers travaux de Berlin Brandenburg International (BBI) ont commencé à Schönefeld. Tempelhof ne devrait pas bénéficier d’un report de sa fermeture comme cela a été le cas en 2005. Le Land du Brandenburg et la mairie de Berlin se sont considérablement endettés pour mener à bien ce projet. Les risques ne sont toutefois pas minces. Lufthansa ne semble pas intéressé par un grand aéroport à Berlin car la capitale allemande n’est qu’une tête de réseau pour les hubs de Francfort et Munich et n’entre donc, pour l’instant, pas en compte dans la stratégie de la compagnie de réseau. Seules les compagnies à bas coûts sont intéressées par l’agglomération berlinoise. Easyjet et Germanwings ont déjà installé des bases pour leurs avions et personnels et offrent un large panel de destinations aux berlinois. Cependant, les premiers plans de BBI montrent à voir une offre de pistes et terminaux complètement orientée vers la logique coûteuse du hub. Les gestionnaires des aéroports berlinois ne réaliseraient-ils pas une erreur stratégique en n’adaptant pas leur offre à leurs clients les plus dynamiques ?

Références bibliographiques

            ouvrages et articles scientifiques

-          CONWAY McKinley H., 2000, The airport-city : Development concepts for the 21stcentury, Atlanta, Conway publications, 292p.

-          COURNANEL Alain, 2001, Les mutations du transport aérien, Paris, L’Harmattan, 126p.

-          DACHARRY Monique, 1991, Géographie du transport aérien, Paris, Litec, coll. Géographie économique et sociale, 370p.

-          DE NEUFVILLE Richard, 2005, « Le devenir des aéroports secondaires : bases d’un réseau parallèle de transport aérien ? », Les cahiers scientifiques du transport, n°47-2005, pp.11-38

-          DE NEUFVILLE Richard, 1995, « Management of multi-airport systems : a development strategy », Journal of air transport management, n°2-1995, pp.99-110

-          DE NEUFVILLE Richard, ODONI Amadeo R., 2003, Airport systems : Planning, design & management, New York, McGraw-Hill, 883p.

-          DITTRICH Elke, 2005, Des Flughafen Tempelhof : in Entwurfszeichnungen und Modellen, Berlin, Lukas Verlag, 35p.

-          GRAHAM Brian J., 1995, Geography & air transport, Londres, John Wiley & Sons, 296p.

-          HAWKINS Bob, LECHNER Gabriel, SMITH Paul, 2005, Historic airports, Londres, London heritage, 241p.

-          LACOUR Claude, PUISSANT Sylvette, 1999, La métropolisation, Paris, Economica, coll. Villes, 206p.

-          LAWSON Fabien, 2004, « Le nerf de la guerre : les créneaux horaires », Cahiers de l’IAURIF, n°139-140, pp.58-59

-          MARQUIS Clément, 2006, Effets des compagnies low cost sur l’équipement aéroportuaire des espaces métropolitains, Marne-la-Vallée, Université de Marne-la-Vallée, mémoire de première année de master Cité et mobilité, 68p.

-          MERLIN Pierre, 2002, Le Transport aérien, Paris,  Presses universitaires de France, coll. Que sais-je ?, 125p.

-          MERLIN Pierre, 2000, Le Transport aérien, Paris, La Documentation française, coll. Études de la Documentation française, 152p.

-          PEARMAN Hugh, 2004, Aéroports : un siècle d’architecture, Paris, Seuil, 240p.

-          PAVAUX Jacques, 1984, Économie du transport aérien, Paris, Economica, 434p.

-          POLÈSE Mario, SHEARMUR Richard, 2005, Économie urbaine et régionale, Paris, Economica

-          SENEVIRATNE Prianka N., 1996, Rebuilding inner city airports, Reston, American society of civil engineers, 309p.

-          VELTZ Pierre, 2005 (rééd.), Mondialisation, villes et territoires : l’économie d’archipel, Paris, Presses universitaires de France, coll. Quadrige, 288p.

-          WELLS Alexander T., YOUNG Seth B., 2003, Airport planning & management, New York, McGraw-Hill, 572p.

Articles de presse

-          CHEMIN Ariane, 2007, « Le ‘Cityjet’ de 7 heures : le vol des as de la finance », Le Monde, 20 Août 2007, 2p.

-          COLINS Roger, 1997, « The ‘city airport’ comes of age », International Herald tribune, 12 septembre 1997, 2p.

-          LE MONDE, 2007, « Le Bourget ou les week-ends du CAC 40 », Le Monde, 20 Août 2007, 1p.

-          ROCHE Marc, 2007a, « Les écologistes anglais contre le tout-aérien », Le Monde, 19 Août 2007, 1p.

-          ROCHE Marc, 2007b, « Londres : nœud de la planète people », Le Monde, 9 Août 2007, 2p.

-          TAGLIABUE John, 2000, « Travel advisory : correspondent’s report ; Europeans debate inner-city airports », The New-York times, 17 septembre 2000, 1p.

Ressources en ligne

-          Autorité de contrôle des nuisances sonores aériennes, http://www.acnusa.fr/(consulté le 11/06/2007)

-          Berliner Flughäfen, http://www.berlin-airport.de/ (consulté le 11/06/2007)

-          Direction générale de l’aviation civile, http://www.dgac.fr/ (consulté le 11/06/2007)

-          Interressengemeinschaft City-airport Tempelhof e.V. , http://www.flughafen-berlin-tempelhof.de/  (consulté le 11/06/2007)

-          London City Airport, http://www.londoncityairport.com/ (consulté le 11/06/2007)

-          London City Airport consultative committee, http://www.lcacc.org/ (consulté le 11/06/2007)

-          Service de l’information aéronautique, http://www.sia.aviation-civile.gouv.fr/(consulté le 11/06/2007)

 


[1] Pendant les années trente, un aéroport qui gérait plus de 100000 passagers par an était considéré comme très actif.

[2] Weltflughafen signifie « aéroport mondial ».

[3] La République fédérale d’Allemagne détenait Berlin-Ouest et la République démocratique allemande détenait Berlin-Est.

[4] Cela signifie que les vols officiels et militaires sont conservés à Tempelhof.

[5] Berlin Brandenburg International (BBI) est le nom du prochain aéroport de Berlin, d’une capacité planifiée de vingt millions de passagers par an et chargé de concentrer l’ensemble du trafic aérien de Berlin sur une seule plate-forme, contre trois actuellement.

[6] Il faut toutefois noter que la transition entre la ville et le tarmac s’effectue très aisément pour les passagers. Contrairement à un aéroport situé loin de la ville, Tempelhof offre à ses utilisateurs un environnement urbain aux abords de son aérogare.

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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 15:40

Expertise aéroportuaire et expertise publique

 

Le secteur aéroportuaire, et plus généralement celui du transport aérien, ont longtemps fait l’objet d’un monopole de l’expertise par l’État et ses émanations, mais également par les chambres consulaires. Pour les aéroports, du côté du régulateur, la Direction générale de l’aviation civile, via le Service technique des bases aériennes (devenu ensuite le Service technique de l’aviation civile) et les Services spéciaux des bases aériennes (services techniques déconcentrés) ont produit de nombreuses études de planification aéroportuaire : avant projet de plan de masse (APPM), plan de composition générale (PCG), plan de servitudes aéronautiques (PSA), plan d’exposition aux bruits (PEB), etc. Du côté des gestionnaires aéroportuaires, l’Établissement public Aéroports de Paris et les Chambres de commerce et d’industrie concessionnaires d’aéroports ont développé également leur propre expertise. Au sein d’Aéroports de Paris, ces compétences ont été exportées via deux filiales : Aéroports de Paris ingénierie et Aéroports de Paris management. Au sein des aéroports régionaux, les Chambres de commerce et d’industrie revendiquent un savoir-faire en exploitation aéroportuaire, notamment dans le cadre de la décentralisation aéroportuaire qui ouvre à d’autres acteurs la gestion des aéroports.

Cette expertise acquise pendant plusieurs décennies s’est constituée en un véritable référentiel technique et normatif complet (Faburel, 2005a et 2005b). De nombreuses méthodes, voulues comme scientifiques, du moins déterministes, ont vu le jour dans le dimensionnement des installations : méthodes des ratios[1], manuels de référence pour la qualité de service, etc. Ces références ont été utiles pour standardiser un mode de transport qui a connu une croissance très rapide depuis les années soixante avec comme impératifs la sécurité et la sûreté et plus récemment, la qualité du service rendu au passager. Cependant, le développement des conflits aéroportuaires entre maîtres d’ouvrages et populations locales ont mis à mal ce modèle déterministe. Guillaume Faburel considère qu’un référentiel d’opposition, le plus souvent associatif et territorialisé, s’est mis en place pour contrer l’expertise publique. Les conflits aéroportuaires ont été l’occasion d’étudier de près ces questions d’expertise et d’acceptabilité des grands équipements (Barraqué, Faburel, 2003 ; Faburel, 2003 ; Halpern, 2006).

 

 

Expertise aéroportuaire et imaginaire de l’aérien : entre démesure et rationalité

 

L’aéroportuaire semble être un domaine pour lequel, malgré une contestation croissante des populations locales, les services de l’État en charge de l’aviation civile ont peu remis en question leurs méthodes de planification aéroportuaire. Par exemple, la SNCF et RFF ont développé des compétences pour mieux insérer les gares dans le tissu urbain, en travaillant notamment sur les pôles d’échange et l’espace public. Les directions des routes chargées de l’aménagement et de la construction d’autoroutes ont développé une expertise paysagère pour atténuer les effets négatifs de ces infrastructures linéaires.

Une explication possible pourrait être la perception et l’imaginaire collectif du transport aérien et des aéroports. Les travaux de Nathalie Roseau donnent des éléments de compréhension en ce sens (Roseau, 2006). Par sa complexité, son jeune âge et sa dimension imaginaire (Icare, etc.), le transport aérien a développé un mythe technologique et scientifique ; les images très positives du Concorde ou de certaines aérogares de passagers sont des exemples. Les aéroports sont ainsi devenus des équipements aterritoriaux, déconnectés des réalités de la terre ferme.

Il faut toutefois nuancer le propos car, un élément de rationalisation a vu le jour, la concurrence. La mise en concurrence des compagnies aériennes (à partir de 1978 aux États-Unis et au cours des années 90 en Union Européenne) a incité ces dernières à réduire leurs coûts et par là même leur utilisation des aéroports. Le système de hub and spokes[2], modèle d’organisation économique apparu avec la libéralisation du transport aérien, a incité cette rationalisation dans l’aménagement des aéroports ; systèmes de pistes favorisant la fluidité du trafic, concepts d’aérogares maximisant le nombre d’avions « au contact »[3], limitation du coût d’exploitation des aérogares etc. Les États-Unis sont par ailleurs les premiers adeptes de cette rationalisation des investissements aéroportuaires. Les cas d’Atlanta – Hartsfield Jackson international ou de Washington – Dulles, avec leurs aérogares de passagers composées de jetées parallèles peu élaborées architecturalement, montrent une volonté de gagner en efficacité sans trop augmenter les coûts.

 

Quelles pistes de réflexion pour de nouvelles expertises aéroportuaires

 

L’aéroport moderne est donc technologique, mais économique. Selon l’organisation du transport aérien dans la région et les ambitions du maître d’ouvrage sur son équipement, l’aéroport oscillera entre prouesse technologique et architecturale d’un côté et rationalisation technique et économique de l’autre. Dans tous les cas sa conception ne joue globalement que sur deux plans : les techniques et l’économie.

Or, les effets négatifs des aéroports sont très importants (nuisances sonores, coupures paysagères, pollution des sols et des sous-sols, etc.) et les protestations sont désormais fréquentes à chaque création ou extension de plate-forme. De plus, cette rationalisation tant voulue par les compagnies aériennes et les gestionnaires pour utiliser au mieux l’aéroport, ne se fait que dans un cadre interne au transport aérien (compagnies et passagers), alors qu’un aéroport est aussi un pôle d’emploi et d’activités diverses extra aéronautiques (immobilier, logistique, industrie), d’autant plus lorsque la plate-forme a atteint une taille importante (grandshubs mondiaux et macro régionaux).

Par les contestations environnementales et sociales, c’est le territoire qui apparaît progressivement dans les débats aéroportuaires. En confrontant les enjeux récents et l’expertise proposée, le gap semble énorme. Il y a donc décalage entre une expertise répondant partiellement à des enjeux renouvelés. Par exemple, une liaison ville ßà aéroport telle que CDG express montre les difficultés de réponse d’une solution technico-économique réservée aux seuls passagers aériens alors qu’un aéroport comme Paris – Charles de Gaulle est un des premiers pôles d’emplois de la région d’Île-de-France (CDG Express, 2008). L’aéroport parisien est certes également desservi par le RER B accessible à prix réduits pour les travailleurs, mais qu’en est-il pour Orly dont Orlybus (bus articulé d’une fréquence de vingt minutes) est le seul moyen d’accès ouvert à la Carte Orange ?

Au-delà du cas épineux de la desserte terrestre des aéroports, c’est l’ensemble de l’expertise aéroportuaire qui mérite un renouvellement et une ouverture. Pour faire simple, un aéroport n’est pas qu’un aéroport. C’est un équipement à part entière accueillant plus que des flux de passagers : des employés, des marchandises, des énergies, des accompagnants, des automobiles, des ordures, etc. Quelle est la prise en compte de l’ensemble de ces flux, quelles expertises peuvent se développer en conséquence ?

 

 

Aéroports et urbanisme ?

 

Si l’on part des hypothèses suivantes :

-          Un aéroport est un équipement complet accueillant des flux divers autres que des passagers et dans le cadre d’activités très variées, transport, emploi, commerce, industrie, etc.

-          Un aéroport est une composante d’un espace plus vaste métropolitain et/ou régional

 

On peut alors considérer que de nouvelles expertises, au-delà de l’aéronautique sont nécessaires pour maîtriser l’évolution de cet équipement. La récente réforme de décentralisation des aéroports régionaux (depuis le petit aérodrome de loisirs jusqu’à des plates-formes de taille moyenne comme Lille, Biarritz ou Beauvais) serait l’occasion de diversifier les points de vue sur les aéroports. Certaines collectivités ont hérité de la propriété d’un ou plusieurs aéroports et pourraient jouer la carte de l’intégration territoriale en fondant l’aéroport dans des politiques globales de développement et d’aménagement. Il n’y a toutefois aucune obligation dans cette réforme, les collectivités pouvant également se dessaisir, du moins en partie, de la question aéroportuaire, en confiant sans trop de droit de regard, la gestion de l’aéroport à un concessionnaire privé.

L’inscription au Grenelle de l’environnement de l’accès terrestre aux aéroports est également l’occasion de fonder des approches pluridisciplinaires et territorialisées de la planification aéroportuaire (ici l’accès terrestre uniquement), en gardant à l’esprit que pour amener un passager de la ville à l’avion, il faut plusieurs personnes travaillant dans cette chaîne (transport terrestre, enregistrement, sûreté, accès à bord, commerces, etc.). Ce constat est d’autant plus vrai qu’un aéroport modeste (le cas des aéroports décentralisés) ne saurait bénéficier entièrement d’une politique spécifique, mais devrait plutôt jouer la carte de la mutualisation des actions.

 

References

 

-          AGENCE D’URBANISME DE LA RÉGION NANTAISE, 2008, Mission d’expertise : Aéroports, territoires et développement, Nantes, Agence d’urbanisme de la région nantaise, rapport, 52p.

-          BARRAQUÉ Bernard, FABUREL Guillaume, 2003, « Lorsque les territoires locaux entrent dans l’arène publique : retours d’expérience en matière de conflits aéroportuaires », Espaces et sociétés, n°115, pp.123-146

-          BERTHON Étienne, BRINGAND Flore, PRINS Marielle, 2001, L’airport-city et son intégration régionale, Paris, IAURIF, rapport, 217p.

-          CDG EXPRESS, 2008, site interne du projet : http://www.cdgexpress.equipement.gouv.fr/ (consulté le 29/12/2008)

-          FABUREL Guillaume, 2005a, « L’espace aérien et les aéroports : l’épreuve des territoires. Présentation du dossier », Cahiers scientifiques du transport, n°47 – 2005, pp.5-9

-          FABUREL Guillaume, 2005b, « Le rôle de l’expertise et de la norme techniques dans les conflits aéroportuaires. Le cas de la non application du principe de pollueur-payeur », Cahiers scientifiques du transport, n°47 – 2005, pp. 109-132

-          FABUREL Guillaume, 2003, « Développement des infrastructures aéroportuaires : le débat impossible ? », Les Cahiers de l’IAURIF, n°139-140, pp.234-239

-          HALPERN Charlotte, 2006, « Extension des aéroports : l’action publique entre secteur et territoire », in FAURE Alain, NÉGRIER Emmanuel, Les politiques publiques à l’épreuve de l’action territoriale, Paris, L’Harmattan, pp.87-92

-          MILLOUR Brigitte, 2003, « Plan de déplacements urbains : le projet du pôle CDG », Les Cahiers de l’IAURIF, n°139-140, pp.122-126

-          ROSEAU Nathalie, 2006, « La ville des flux : les espaces de frottements », Faces, n°61, pp.14-18

 

 


[1] Cette méthode consiste à appliquer un ratio de dimensionnement d’une installation aéroportuaire spécifique (aérogare de passagers, aérogare de fret, installations de support aéroportuaire, aires de stationnement des aéronefs, etc.) ou d’une zone au sein de l’aérogare de passagers (enregistrement, livraison des bagages, embarquement, etc.) selon le trafic accueilli et une qualité de service souhaitée (cas des aérogares de passagers). Ainsi, les deux seuls éléments déterminants du dimensionnement de l’équipement aéroportuaire sont le trafic aérien et la qualité de service.

[2] À ce titre, le concept de hub, en s’installant sur un territoire B, mais en prenant des passagers du territoire A vers le territoire C, n’est pas le meilleur défenseur d’un aéroport au service du territoire.

[3] Un avion « au contact » est stationné à proximité de l’aérogare de passagers et relié à celle-ci par une passerelle télescopique, permettant au passager de rejoindre l’avion sans passer par l’extérieur.

 

 

 

 

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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 15:39

Le Parisien, dans un article du 21 mai 2010 (http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/une-vraie-ville-va-pousser-a-cote-des-pistes-21-05-2010-930489.php) fait état du projet de construction d’un centre-commercial à proximité immédiate de l’aéroport de Paris – Charles de Gaulle. Unibail-Rodamco est le promoteur de ce projet et ambitionne, selon Le Parisien,« d’installer une véritable ville à deux pas des pistes de l’aéroport Charles-de-Gaulle ».

 

Pour rappel, l’aéroport de Paris – Charles de Gaulle est situé à vingt-cinq kilomètres au nord-est de Paris en limite des espaces urbanisés continus de l’agglomération parisienne. Au-delà, c’est un paysage périurbain qui s’étale, alternant lotissements et espaces agricoles.

 

Une rapide approche via Google Earth permet d’observer que l’espace concerné par le projet, entre Roissy-en-France et Tremblay-en-France, est encore relativement épargné par l’urbanisation.

 

Projet-aeroville-secteur-copie-1

 

 

Il existe déjà dans le secteur, le Centre commercial O’Parinor situé à Aulnay-Sous-Bois (220 boutiques). À Villepinte, Paris Nord 2 accueille également Ikea et Usines center et de nombreuses boutiques associées.

 

Alors que l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle génère à lui seul un trafic routier responsable en partie de la saturation des autoroutes A1, A3 et A104, Unibail-Rodamco vient créer du trafic supplémentaire sur un territoire déjà saturé par les infrastructures de transport et la présence immédiate de 3200 hectares de zone aéroportuaire.

 

La communication n’étant jamais loin, le promoteur survend ses quelques rustines techniques environnementales à coup de panneaux photovoltaïques, de certification technique environnementale et d’une (très légère) limitation du nombre de places de parking (4000 au lieu de 4700). Bien loin des ambitions du Grand Paris ou du Grenelle de l’environnement, ce projet enfonce encore le Nord de l’agglomération parisienne dans une logique monofonctionnelle d’asservissement pour les territoires voisins et les passagers[1].

 

Où sont les urbanistes ? Pas chez Unibail-Rodamco, c’est une certitude…

 


[1] Posons-nous cependant la question sur le réel besoin d’un passager aérien d’aller dans ce centre-commercial qui n’est absolument pas intégré aux aérogares passagers de l’aéroport Charles-de-Gaulle situées à plusieurs kilomètres au nord du secteur, de l’autre côté piste, sans aucun accès aisé. Ce centre-commercial n'est pas dans l'aéroport, mais à côté, sans réelle connexion.

 

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Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /Août /2010 15:31

La revue Intercommunalités, dans son numéro 144 d'avril 2010, publie un de mes articles disponible au lien suivant :

 

http://www.adcf.org/files/AeroportsRegionaux_articleMarcTempelhof_2010.pdf

 

Ce papier met en évidence les financements publics des aéroports régionaux et d'une partie des compagnies aériennes les desservant. Les collectivités locales, en héritant des aéroports, continueront-elles de mettre deux fois la main à la poche ?

 

 

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